En août de l'année dernière, nous avons descendu la dernière partie du Fleuve Royale, clôturant cette avalaison qui s'est étalé sur plusieurs années.

En effet au cours de cette dernière décennie, nous avons effectué depuis la ville de Digoin en haute Loire, la descente de ce fleuve en plusieurs étapes et sur différents canoës. On a effectué la partie Digoin-Orleans sur des canoës ouverts type "old town" et depuis Blois intégralement sur nos canoës à voile Walden. Cette descente a été brutalement stoppée à Ingrandes il y a deux ans par une tempête d'ouest qui malgré notre persistance a renversé littéralement notre progression. 

Nous voilà donc de nouveau à Ingrandes, lieu de notre départ pour cette ultime étape. Nous sommes équipés de deux canoes à voile: le walden 19 qui a déja largement fait ses preuves dans ce genre d'expédition, et aussi sa version plus petite le walden 16 que nous utilisons pour la premiére fois dans ces conditions.

Pour ce départ à Ingrandes, le vent est d'Est, et c'est avec ce vent portant et l'intention d'effacer l'ignominie de notre échec qui nous hante depuis deux ans qu'on se lance à la conquête de notre fleuve préfère.

Tout est facile cette fois, on grée les voiles et nos deux canoës sont portés par un vent d'environ 10-15 nœuds ainsi que le courant favorable qui pour l'heure est bien moins capricieux que le vent. Tout défile : les bancs de sable immenses, les abords arborés ainsi que les guinguettes et bistrots. On n'a même pas besoin de mettre un coup de pagaie. Après quelques heures de navigation idylliques, on arrive à Ancenis, à partir de cet endroit l'influence de la marée se fait ressentir. Mais rien n'arrête notre progrès désormais et en milieu d'après-midi, on est à Oudon. La Loire prend alors un caractère plus fluvial avec des eaux bien plus profondes et de nombreux bateaux à moteur profitant des grandes sections navigables. Tout en assurant une cadence très modeste et ponctualisé par de nombreux arrêts de ravitaillement, on parcourt quand même une soixantaine de km en cette première journée pour bivouacer à côté de Mauves sur Loire.

 

 

Le lendemain, on prend la rivière tôt pour essayer de ne pas trop subir les effets de la marée montante. Pendant quelques heures, on avance doucement poussé par une timide brise et le faible courant. Mais au fur et à mesure qu'on s'approche de Nantes le courant devient moindre puis finalement contre nous. Heureusement, le vent a pris le relais et on zigzag autour des pylônes, roches, tractopelles, barges, etc. Le fleuve est en chantier sur cette approche nantaise ! L'eau est sombre et les rives sont principalement constituées de vase noir, l'ambiance est austère, finit les bancs de sable et guinguettes ! On traverse Nantes et ses nombreux ponts avec une belle brise nous poussant et un fort courant contre nous. Le canoë est particulièrement instable dans ces conditions et l'idée de terminer à l'envers contre un pylône de pont ne nous enchante guère. On fera particulièrement attention à éviter cette situation. La ville de Nantes passé, on file sur Trentemoult surfant sur les vagues de vent contre le courant au passage. Après déjà 5 heures de navigation, on s'arrête à cette dernière, mais à peine posé et ravitaillé, il est déjà temps de repartir, en effet le courant est en train de s'inverser et comme le disait Shakespeare "Il y a une marée dans les affaires des hommes, qui prise dans son flux porte au succès ". Nul, le temps de s'arrêter, on doit remonter sur nos montures. 

 

 

Désormais, c'est une course contre la montre qui commence ou devrais-je dire contre la marée : atteindre saint Nazaire situé à 50 km avant la renverse. On file sous le pont de Cheviré quittant alors la banlieue de Nantes et c'est alors que la Loire reprend des allures plus agréables. Les berges sont parsemées de roseaux, grandes herbes et petits arbustes ainsi que de nombreux oiseaux. À marée haute cette dernière partie du fleuve est particulièrement agréable offrant un panorama calme avec des longues étendues. Seules la centrale à charbon de Cordemais et les raffineries de Donges offrent un spectacle plus nuancé. Mais au final, le caractère industriel n'est pas représentatif de cette belle section de la Loire, qu'on a trouvé souvent tendance à catégorisé comme tel.

 

 

Et c'est donc après une belle après midi de navigation, amenant le temps cumulé quotidien assis dans le canoë à quelque chose proche de onze heures qu'on aperçoit finalement le pont de Saint Nazaire. 

Il est alors six heures du soir et on s'apprête à sortir du fleuve avec la fin de la marée descendante. On aura accompagné cette eau descendante depuis Nantes, le temps d'une marée. Le moment fatidique arrive, et on passe alors avec une fatalité inexorable sous les impressionnantes arches du pont, mettant fin ainsi à non loin de 650 km au rythme du fleuve depuis le début de notre aventure et environ 150 km en l'espace de seulement deux jours. 

 

Il n'y a pas d'autre fleuve en France comme la Loire qui offre une telle longueur et une telle continuité de navigation. C'est une véritable artère qui traverse le pays ou l'on peut oublier pendant quelques temps qu'un monde au delà du fleuve existe.

L'originalité de cette avalaison s'est trouvée dans la possibilité de naviguer à la voile toute une partie. La différence entre la progression à énergie humaine seulement et la propulsion vélique est notable. Avec cette dernière, tout défile presque sans efforts à une seule condition : que le vent soit d'Est. Le vent d'Ouest, qui est malheureusement le plus fréquent, bouleverse la donne et peut transformer la paisible descente en vrai défi sportif lors des tempêtes.. Comme nous l'avons découvert quelques années auparavant.

Un grand nombre de différentes personnes a composé les équipages sur toutes ces aventures Loiresque, mais il convient de citer G...... Qui a été présent à toutes les épreuves année après année sans faute.

La Loire conquise désormais ? Pas tout a fait nous n'avons pas effectué la partie Puy en Velay- Digoin mais cette haute partie de la Loire sera pour une autre expédition